Branches de marronnier en fleurs : histoire, signification et facture
Un dernier printemps à Auvers
Vincent van Gogh arriva à Auvers-sur-Oise en mai 1890, épuisé par l’année passée à Saint-Rémy et espérant qu’un village à portée de Paris, et de son frère Theo, pourrait l’apaiser. Les marronniers étaient en fleurs le long des routes et dans les jardins, lourdes chandelles blanches et roses se détachant sur les feuilles nouvelles. Il peignit ce printemps-là plusieurs études rapprochées de branches en fleurs, travaillant vite, comme il l’avait fait toute cette dernière année.
Branches de marronnier en fleurs appartient à cette explosion de travail. L’œuvre est datée de 1890, l’année même où Van Gogh mourut à Auvers en juillet, et elle ne porte rien de la prudence d’un artiste qui ménage ses forces. La toile mesure 91 sur 72 centimètres, assez haute pour que la branche qu’elle contient se lise à peu près grandeur nature.
Il n’y a pas de ligne d’horizon, pas de mur de jardin, aucun sentiment de l’endroit où l’arbre se dresse dans le monde. Van Gogh est entré directement dans le sujet, comme il l’avait appris des estampes japonaises qu’il collectionnait et punaisait aux murs de son atelier à Paris et à Arles. Une branche remplit le cadre de bord à bord, et le spectateur n’a aucune distance d’où reculer pour la saisir comme un arbre entier.
Ce qui remplit la toile
Deux lourds rameaux de fleurs de marronnier blanches dominent le centre et la droite du tableau, leurs fleurons construits de touches courtes et chargées de blanc, de crème et de jaune pâle. À gauche, une seconde grappe penche depuis hors du cadre, ses fleurs tirant vers un rose-rouge plus profond, comme saisies un peu plus loin dans leur floraison.
Autour et sous les fleurs, les larges feuilles palmées du marronnier s’étalent dans toutes les directions, certaines encore d’un vert jeune et dur, d’autres s’adoucissant vers le jaune sur les bords. Quelques-unes, plus bas dans le tableau, ont été laissées presque dépouillées de fleurs, donnant au regard un endroit où se poser avant d’être ramené vers le blanc.
La branche elle-même est à peine visible. Van Gogh laisse les feuilles et les fleurs porter tout le poids de la composition, de sorte que la structure est suggérée plutôt que dessinée, comme un marronnier adulte en fleurs apparaît réellement vu d’en dessous, tout en canopée et sans tronc.
Couleur, lumière et travail du pinceau
Derrière la branche, le ciel est d’un bleu dense et agité, construit de courtes touches courbes qui tournent et tourbillonnent comme de l’air en mouvement plutôt que de rester à plat. Ce n’est pas un bleu calme. Il a la même énergie nerveuse que Van Gogh prêtait au ciel au-dessus des champs de blé qu’il peignit ces mêmes semaines à Auvers.
Le long du bord inférieur, ce bleu cède sans prévenir à un fond chaud de hachures orange et rouges, posées avec les mêmes touches courtes et fouettées. Les deux couleurs, bleu en haut et orange-rouge en bas, se situent aux extrémités opposées du cercle chromatique, et Van Gogh les laisse se disputer plutôt que se fondre.
Le vert fait le travail de tenir le tableau ensemble. Il va d’un vert froid, presque gris-bleu, dans les feuilles ombragées jusqu’à un vert-jaune brûlant là où la lumière accroche le bord d’une feuille, et chaque feuille est construite de plusieurs de ces verts posés côte à côte plutôt que d’une seule couleur ombrée en une autre.
Le blanc des fleurs n’est jamais un blanc plat. Van Gogh y glisse du bleu pâle, du jaune et du rose, de sorte que les fleurs semblent retenir la lumière plutôt que simplement la refléter. De près, la peinture est épaisse et séparée, crête après crête laissée par le pinceau ou la pointe chargée d’un couteau à peindre ; le tableau ne se résout en fleurs et feuilles qu’à courte distance.
Ce que l’œil rencontre d’abord, c’est cette masse de fleurs blanches au centre, avant de voyager le long de l’élan diagonal de la branche vers la plus petite grappe de fleurs en haut à droite et de revenir vers le rameau aux tons roses sur la gauche. Rien dans la toile ne demande à être lu comme arrière-plan. Chaque partie, ciel compris, est travaillée avec la même urgence.
À Zürich, et sur un mur chez soi
Le tableau original est conservé aujourd’hui par le Kunsthaus Zürich, au sein d’une collection qui l’a gardé répertorié et, par moments, exposé pendant bien plus d’un siècle. C’est une œuvre qui récompense qu’on s’en approche, là où les touches séparées de couleur gardent leurs bords, et qu’on recule, là où elles se résolvent en branche, feuille et fleur.
Accrochée là où la lumière du matin ou de l’après-midi l’atteint directement, les blancs des fleurs captent la chaleur ou la fraîcheur que la pièce dégage à cette heure-là, s’éclaircissant à midi et s’apaisant vers le soir. C’est un tableau qui fait qu’une pièce continue de sentir le printemps sans exiger d’être regardé tout le temps, ce qui est plus proche de la façon dont une vraie branche de marronnier en fleurs se comporte sur une table ou à travers une fenêtre que ne le font la plupart des peintures de fleurs.
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