Le Semeur (Version III) : histoire, signification et touche picturale
Vincent van Gogh a peint le semeur plus d’une fois en 1888, et voici la version qui refuse de laisser le sujet se tenir tranquillement au milieu de la toile. Un énorme tronc d’arbre sombre coupe toute la scène en diagonale, traversant l’horizon et tranchant droit à travers le disque du soleil, de sorte que l’homme qui disperse la semence doit être trouvé plutôt que simplement regardé. Le tableau est catalogué sous le nom de Le Semeur III, et il est aujourd’hui conservé au Kunsthaus Zürich, mesurant 93 sur 73,5 centimètres.
En 1888, Van Gogh avait quitté Paris pour Arles, attiré vers le sud par une lumière dont il sentait que la ville l’avait privée dans son travail. Il loua des chambres, peignit à un rythme qui alarmait les gens qui le connaissaient, et trouva dans la plaine céréalière plate de la vallée du Rhône un paysage qui correspondait aux sujets qu’il portait avec lui depuis ses premières années comme artiste. Le semis était l’un d’eux, et ce n’était pas un nouvel intérêt adopté pour l’effet.
Un sujet qu’il ne voulait pas abandonner
Van Gogh avait dessiné et peint des semeurs depuis son séjour dans la campagne néerlandaise, bien avant Arles, bien avant que la couleur du sud n’entre dans son œuvre. Il revenait si souvent au thème que les historiens de l’art comptent plusieurs versions distinctes rien que pour 1888, dont cette toile est l’une.
La dette envers Jean-Francois Millet est directe et Van Gogh ne l’a jamais cachée. Millet avait peint des paysans au travail comme des figures dignes d’une attention sérieuse, et Van Gogh reprit cette conviction et la poussa plus loin, transformant un travailleur dans un champ en quelque chose de plus proche d’un symbole d’endurance et de renouveau.
Ce qui le faisait revenir n’était pas la curiosité technique mais la croyance. Un homme jetant de la semence sur une terre qu’il ne verrait peut-être jamais récoltée portait, pour Van Gogh, un poids presque dévotionnel, un labeur accompli par confiance plutôt que par certitude.
L’arbre qui bloque le soleil
Le semeur lui-même est petit et sombre, planté dans le coin inférieur gauche de la toile, à mi-foulée, son bras tendu pour libérer la prochaine poignée de semence. Il est construit à partir de quelques traits économiques, une silhouette contre le champ plutôt qu’une figure détaillée.
Derrière lui, le sol est posé en bandes de violet, de bleu et d’ocre, travaillé de courts traits diagonaux qui suivent la direction du labourage plutôt que de décrire des sillons individuels. Cela se lit comme une terre fraîchement retournée vue à toute vitesse, non étudiée à loisir.
Au-dessus de tout cela se dresse l’arbre. Son tronc s’élève du bord inférieur de la toile selon un angle abrupt, peint en noir presque pur avec des traînées de rouge profond apparaissant à travers l’écorce, et une branche fleurie s’étend à travers la moitié supérieure du ciel, chargée de petites fleurs rouges et orange. C’est un amandier ou un arbre fruitier pris entre les saisons, fleurissant pendant qu’un homme sème en dessous.
Le soleil est bas, un disque plat d’or pâle suspendu juste au-dessus de l’horizon, partiellement caché derrière le tronc. Il donne à toute la moitié supérieure du tableau sa couleur sans agir comme une source de lumière conventionnelle, plus proche d’un second sujet, plus silencieux, que d’un arrière-plan.
La couleur faisant le travail de la lumière
Le ciel est jaune chrome tirant vers le vert, strié de rose et de blanc là où les nuages ont été traînés en touches chargées. Van Gogh plaça ce jaune contre le violet du champ, un appariement de couleurs complémentaires qu’il utilisait délibérément, afin qu’aucun passage ne reste immobile contre l’autre.
La touche tout au long est épaisse et visiblement directionnelle. Les traits dans le ciel courbent et bouclent autour des branches de l’arbre, les traits dans le champ courent en courts tirets diagonaux, et le tronc lui-même est construit de longs traînages verticaux de peinture presque noire qui laissent le rouge apparaître sur les bords comme du bois de cœur exposé.
Rien ici n’est rendu pour l’exactitude topographique. La couleur est placée plus haut que tout ce que l’œil rencontrerait réellement dans un champ provençal au crépuscule, parce que Van Gogh enregistrait le sentiment et la structure avant l’apparence, et qu’en 1888 il faisait entièrement confiance à cet instinct.
Sur un mur, dans une lumière changeante
Reproduit à l’échelle, le tableau conserve la désorientation qui rend l’original mémorable, ce premier moment où l’on cherche le semeur derrière le tronc avant que le reste de la composition ne se mette en place. Il récompense un deuxième et un troisième regard plutôt que de tout révéler d’un coup.
Sous une lumière chaude de soir, les jaunes du ciel s’intensifient et semblent avancer hors du mur, tandis que le champ violet recule, un effet qui évolue au fil de la journée à mesure que la lumière propre à la pièce change. C’est un tableau qui se comporte différemment le matin et au crépuscule, ce qui convient à un sujet entièrement construit autour du passage d’un soleil sur un champ.
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