Le Zouave : histoire, signification et touche picturale
Arles, début de l’été 1888
En juin 1888, Vincent van Gogh était à Arles depuis plusieurs mois, cherchant encore si la lumière du Sud pouvait lui donner la couleur qu’il poursuivait depuis son départ de Paris. Il avait loué des chambres, travaillait à un rythme effréné et avait commencé à tourner cette énergie vers le portrait, convaincu qu’un visage rendu dans une couleur forte pouvait porter plus d’une personne qu’une ressemblance exacte ne le ferait jamais.
Les régiments de zouaves, infanterie française dont l’uniforme et les origines tenaient en partie à l’Afrique du Nord, tenaient garnison dans la ville cet été-là. Van Gogh, toujours attentif au costume et aux couleurs qu’il ne pouvait inventer, trouva chez un jeune soldat exactement le sujet qu’il recherchait : une peau durcie par le service en plein air, et un uniforme composé de rouge, de bleu et d’or.
Il travailla vite, à la manière de cette saison, s’efforçant d’achever un portrait en une ou deux séances plutôt que d’y peiner pendant des semaines. L’urgence se voit dans chaque coup de pinceau du tableau qui en résulta.
Un visage construit à partir de quatre couleurs
Peinte à Arles en 1888, la toile mesure 54 sur 65 centimètres, un format modeste qui rapproche le modèle au lieu de le tenir à distance. Le zouave est coupé à la poitrine, sa tête et ses épaules remplissant presque tout le tableau, et il regarde par-dessus l’épaule du spectateur plutôt que de croiser directement le regard.
Son fez, renversé en arrière sur des cheveux sombres coupés court, est une plaque de rouge qui domine la moitié supérieure de la toile, son dessous ombré glissant vers le noir. Son visage est construit à partir d’ocre, de jaune-vert et de touches de terre de Sienne brute, le hâle enregistré comme un déplacement de température de couleur plutôt que comme une ombre conventionnelle.
Sa veste est d’un bleu dense, presque noir, rehaussé de galons dorés en boucles et de deux attaches rondes à pompons suspendues comme des boutons sur un cordon. Un sash bleu pâle apparaît en dessous, le seul passage de couleur froide dans le bas du tableau, stabilisant les rouges et les jaunes massés au-dessus.
Derrière lui, le mur se divise en deux champs : une porte ou un panneau vert uni à gauche, et un mur de brique rouge-orangé rehaussé de lignes de mortier pâles à droite. Ni l’un ni l’autre ne se lit comme une description, mais plutôt comme un contrepoids, un vert et un orangé placés là parce que chacun intensifie le rouge du bonnet et l’ocre de la peau entre eux.
La couleur opposée à la couleur
Cet été-là, Van Gogh travaillait à partir d’une théorie de la couleur complémentaire qu’il avait absorbée de Delacroix et de ses propres lectures, opposant le rouge au vert et le bleu à l’orangé afin que chacun pousse l’autre vers sa pleine puissance. Le zouave se lit presque comme une démonstration de cette idée.
La peinture est posée en larges passages plats plutôt que fondue progressivement, chaque zone de couleur fermée par un contour ferme, souvent sombre, qui doit quelque chose aux estampes en couleur que Van Gogh étudiait de près. Il y a peu de modelé conventionnel : le visage est un plan, le bonnet un plan, la brique un plan.
Cette platitude est une décision, pas un raccourci. En refusant d’adoucir les transitions entre les couleurs, Van Gogh maintient chaque teinte à son plein registre, de sorte que le tableau se lit à travers une pièce comme se lit un vitrail, en blocs de couleur plutôt qu’en dégradé progressif.
Dur et pas facile à maîtriser
Écrivant à son frère Theo au sujet de ce portrait, Van Gogh décrivit la combinaison de tons qu’il tentait comme dure, voire sauvage, et pas facile à maîtriser. Il fit aussi remarquer les traits du modèle en des termes qui montrent combien la rencontre elle-même l’excitait, bien au-delà de la simple affaire de trouver un modèle.
Cet aveu compte, car il montre que le tableau ne fut pas un succès facile offert par un modèle consentant. Ce fut un risque délibéré, un test pour savoir jusqu’où la couleur seule pouvait porter un portrait avant qu’il ne bascule dans la discorde, et Van Gogh n’était pas entièrement sûr, au moment où il l’écrivait, d’être resté du bon côté de cette ligne.
Le zouave appartient à une courte série de portraits de cet été arlésien, parmi lesquels des gens du peuple au travail que Van Gogh traitait avec le même sérieux qu’il accordait au paysage, dans le cadre d’un effort plus large pour refaire le portrait par la couleur pure plutôt que par la description.
Sur un mur, dans une lumière changeante
L’original est conservé aujourd’hui par le Van Gogh Museum à Amsterdam, parmi le groupe de peintures de cet été arlésien qui y sont gardées. Vu dans une pièce, le tableau se comporte moins comme un relevé d’un visage que comme une masse de couleur ordonnée qui se résout en un visage lorsque l’œil s’y arrête.
La lumière du matin ou artificielle a tendance à faire avancer le rouge du bonnet et la brique orangée ; une lumière du soir plus douce laisse plutôt monter le vert du mur et le bleu du sash. Il récompense un second regard, une fois à travers une pièce, où il se lit comme un bloc chaud et ordonné de rouge, de vert et d’or, et de nouveau de près, où les contours, les taches de peinture non fondues et la vitesse du pinceau deviennent clairement visibles.
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