Route avec cyprès et étoile : histoire, signification et touche picturale
En mai 1890, Vincent van Gogh avait passé un an enfermé à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence, et il envisageait de le quitter. Son frère Theo lui avait arrangé des chambres plus au nord, près d’un médecin qui pourrait surveiller de plus près sa santé, et ce déménagement signifiait abandonner le paysage qui l’avait absorbé pendant deux ans : les blés, les oliviers, et surtout les cyprès qui se dressaient, noirs et verticaux, contre le ciel provençal.
Avant de partir, il voulait une toile de plus qui rassemblerait ces obsessions. Route avec cyprès et étoile, parfois cataloguée sous le titre Chemin de campagne en Provence, de nuit, figure parmi les derniers tableaux qu’il réalisa à Saint-Rémy, peint en 1890 sur une toile mesurant 73 sur 92 centimètres, plus grande que la plupart des études qu’il avait envoyées par lots vers le nord tout au long du printemps.
Une pièce qui se vide
Les mois précédant ce tableau avaient été difficiles. Van Gogh avait traversé une grave crise cet hiver-là, et la productivité d’avril et mai se lit comme celle d’un homme travaillant contre une échéance qu’il s’était fixée lui-même plutôt qu’imposée de l’extérieur. Il avait déjà peint des cyprès seuls contre des ciels tourmentés ; ici, il rassembla cyprès, étoile et route en une seule composition, comme s’il clôturait un compte avant qu’il ne change de mains.
Il avait écrit plus d’une fois que le cyprès le préoccupait comme les tournesols autrefois à Arles, et qu’il voulait faire avec cet arbre quelque chose qui corresponde à son étrangeté : un accent sombre, pensait-il, parmi tous les verts et les bleus d’un paysage méridional. Cette toile est cette ambition menée à bien en grand format, non une esquisse préparatoire.
Un cyprès fendant le ciel
L’œil va d’abord au cyprès, une flèche sombre unique qui grimpe à travers le milieu de la toile et repousse le bord supérieur en deux moitiés inégales de ciel. Il est peint presque noir en son cœur, mais le noir est construit de coups de pinceau vert bouteille, ocre et bleu profond superposés, de sorte que l’arbre semble couver plutôt que simplement se dresser.
À sa gauche, une étoile brûle, basse et énorme, un tourbillon d’anneaux jaunes et verts que l’on pourrait prendre pour un petit soleil. À sa droite, plus loin, un mince croissant de lune se tient dans un anneau d’orange, plus pâle et plus lointain, comme si le ciel portait deux sources de lumière distinctes et n’avait pas choisi entre elles.
Toute la moitié supérieure de la toile est construite de courts coups de pinceau bleus et recourbés, disposés en arcs qui encerclent l’étoile et la lune comme des fronts météorologiques. En dessous, la terre se pose en coups plus lisibles d’or et d’ocre, un champ de blé à gauche, une ligne de collines basses derrière, et la route gris-vert qui contourne le pied du cyprès vers l’horizon.
Des figures sur la route
Deux hommes marchent ensemble en bas à droite, assez près pour se toucher, peints en quelques coups sombres qui ne leur donnent ni visage ni presque aucun trait. Derrière eux, plus loin sur la courbe de la route, un cheval tire une charrette devant une chaumière au toit vert, assez petite pour qu’il faille un moment pour la remarquer.
Rien dans la scène ne suggère que ces gens soient pressés, ni qu’il leur arrive quoi que ce soit d’inhabituel. Leur petitesse face au cyprès et au ciel tournant est le propos : la route conduit l’œil depuis les deux voyageurs, devant la charrette et la chaumière, et vers un horizon que le ciel a déjà revendiqué.
Une touche faite pour bouger
Van Gogh ne peignait pas une nuit venteuse ; il peignait une peinture qui bouge comme bouge le vent. Le cyprès est construit de longs traits verticaux qui s’affinent et s’épaississent irrégulièrement, le blé de brèves touches diagonales, le ciel de balayages circulaires qui ne se ferment jamais tout à fait. Presque rien dans le tableau n’est une plage de couleur plate ; tout porte la marque du pinceau qui l’a faite.
Il décrivait le cyprès et l’étoile comme parmi ses motifs préférés, et traitait ce tableau comme une sorte de dernière tentative avec le ciel nocturne du Sud avant de le laisser derrière lui. L’empâtement est assez épais pour projeter ses propres petites ombres sur la surface, de sorte que le tableau change légèrement selon l’endroit d’où vient la lumière dans la pièce.
Sur un mur, au fil du jour
C’est ce qui rend un tableau comme celui-ci gratifiant à vivre plutôt qu’à simplement regarder une fois. Sous une lumière faible ou oblique, les crêtes de peinture captent l’ombre et le cyprès paraît presque sculptural, son contour accentué. Sous une lumière plus plate, la couleur fait davantage le travail, et l’or du champ de blé et le vert de l’étoile avancent contre le bleu.
L’original est conservé au musée Kröller-Müller, l’un des tableaux des derniers mois de Van Gogh à Saint-Rémy avant qu’il ne parte vers le nord, où il mourrait en quelques semaines. Peint en 1890 sur une toile de 73 sur 92 centimètres, il demeure l’une des affirmations les plus claires des deux motifs, le cyprès et l’étoile, qui l’occupèrent pendant toute cette dernière année productive.
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