Vase aux cinq tournesols : histoire, signification et touche picturale
Arles, août 1888
À la fin de l’été 1888, Vincent van Gogh était installé à Arles depuis six mois, louant les quatre pièces de la Maison jaune et attendant l’arrivée de Paul Gauguin depuis la Bretagne. Il voulait que les murs de la chambre de Gauguin portent quelque chose d’incontestablement personnel, une décoration qu’aucun autre peintre n’aurait songé à tenter. Les tournesols, fleurs de jardin grossières et ordinaires, devinrent sa réponse.
Il travailla vite, peignant tête après tête tandis que les fleurs étaient encore assez fraîches pour garder leur forme sur la table devant lui. Plusieurs toiles sortirent de cette période de travail, chacune une variation sur la même idée : un vase simple, un bouquet de tournesols et un champ de couleur plat derrière eux. Ce tableau, intitulé à l’origine Nature morte : Vase avec cinq tournesols, appartient à ce groupe, peint à Arles en 1888.
Cinq têtes sur fond bleu profond
Là où plusieurs des tableaux de tournesols d’Arles placent leurs bouquets contre un mur jaune, celui-ci est différent : les fleurs se détachent sur un bleu profond, presque nocturne. Deux têtes s’élèvent vers le haut et vers l’extérieur près du sommet de la toile, pétales déployés comme des feux d’artifice, l’une tournée pour capter la lumière de plein fouet, l’autre inclinée de sorte que seuls un anneau de pétales et un soupçon de cœur sombre apparaissent.
En dessous, une large tête orange-brun fait face au spectateur presque à plat, son disque construit de touches d’ocre, de rouille et de vert posées en spirale lâche. Deux autres têtes s’affaissent à la base de l’arrangement, épuisées et lourdes de graines, leurs pétales amincis et recourbés. Entre les cinq, un vase vert trapu tient les tiges, posé sur une table nue rendue en violet-gris froid.
Avec ses 98 sur 69 centimètres, la toile est assez grande pour que les fleurs soient proches de leur taille naturelle, de sorte qu’un spectateur debout devant elle rencontre les fleurs à une échelle proche de leur taille réelle. L’œil se pose d’abord sur le disque orange vif, tourné vers l’avant, au centre, puis se déplace vers les têtes plus pâles au-dessus et la paire affaissée en dessous.
Comment la peinture se pose sur la toile
Van Gogh construit les pétales de touches épaisses et courtes, chacune posée séparément afin que les reliefs de peinture accrochent la lumière réelle et projettent de petites ombres sur la surface. Il cerne les têtes de fleurs et les feuilles d’une ligne brun-rouge sombre, une habitude prise au cloisonnisme qu’il avait vu à Paris, qui permet à chaque fleur de garder sa forme même à distance.
Les têtes de graines sont les passages les plus denses du tableau, construits en cercles de pigment superposés qui se lisent presque comme un relief. Le fond bleu, en revanche, est travaillé plus finement et plus uniformément, brossé en longs traits verticaux qui l’empêchent de rivaliser avec les fleurs pour l’attention.
Le vert apparaît avec parcimonie, dans les feuilles recourbées derrière les fleurs et dans le vase lui-même, peint avec le même pinceau chargé que les pétales plutôt que lissé en objet neutre. Rien dans le tableau n’est laissé plat ou inerte ; même le plateau de la table porte des touches visibles de violet et de gris-bleu.
Floraison et déclin, et ce qui demeure
Ce qui rend les cinq têtes saisissantes en tant que groupe, c’est qu’elles ne sont pas uniformes. Deux sont en pleine floraison, pétales encore fermes et rayonnant vers l’extérieur. Deux autres ont passé leur apogée, lourdes et brunissant au centre, plus proches de la graine que de la fleur.
Van Gogh a peint des tournesols à tous les stades où il pouvait les trouver, et cette toile conserve cette diversité dans un seul vase plutôt que de la gommer. L’effet est celui d’une nature morte qui se lit moins comme un arrangement figé que comme un moment saisi au milieu d’un processus plus long, des fleurs s’ouvrant tandis que d’autres sont déjà en train de monter en graine.
Cette toile précise n’existe plus pour être vue directement. Elle a été détruite par un incendie au Japon en 1945, et ce que l’on sait aujourd’hui de sa couleur et de sa facture provient de photographies et de copies peintes réalisées avant sa disparition, cette reproduction parmi elles.
La reproduction d’un tableau perdu porte un poids différent de celui de la copie d’une œuvre encore accrochée quelque part. C’est ce dont la plupart des gens s’approcheront désormais le plus près : ces cinq têtes particulières, le fond bleu profond, l’épais disque orange au centre du vase.
Sur le mur
Accroché dans une pièce qui reçoit une vraie lumière du jour, le fond bleu évolue au fil de la journée, s’assombrissant vers le noir dans la lumière basse du soir et s’ouvrant de nouveau sous une fenêtre lumineuse du matin. L’orange et le jaune des fleurs gardent leur chaleur quoi qu’il arrive, fonctionnant comme la seule note chaude dans une pièce qui penche autrement vers le froid.
Parce que les têtes de fleurs sont proches de leur taille d’origine, le tableau se lit à distance de conversation plutôt qu’il ne nécessite d’être regardé depuis l’autre bout de la pièce. Il convient au type de regard qu’un couloir, une cuisine ou une salle à manger permettent : croisé chaque jour, effleuré, parfois devant lequel on s’arrête.
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